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Stefan
Kristensen, mai-août 2004
« Il y a, en particulier, un objet culturel qui
va jouer un rôle essentiel dans la perception d’autrui:
c’est le langage. Dans l’expérience du dialogue,
il se constitue entre autrui et moi un terrain commun, ma pensée
et la sienne ne font qu’un seul tissu, mes propos et ceux de l’interlocuteur
sont appelés par l’état de la discussion, ils s’insèrent
dans une opération commune dont aucun de nous n’est le
créateur. » [1]
Thierry
Fontaine est Réunionnais et artiste[2].
Ce qui ne veut pas dire qu’il produit de l’art «ethnique»,
mais que l’expérience historique et présente de la
collectivité dont il est issu se trouve sublimé dans son
œuvre qui la rend accessible d’un point de vue inattendu. Ce
qui ne veut pas dire non plus que son seul intérêt soit dans
cette origine spécifique. En cherchant constamment le moyen de
dépasser son origine, TF parvient ainsi à sublimer l’expérience
réunionnaise, dans sa dimension historique à travers la
mémoire de l’esclavage, dans sa dimension présente
à travers la quête d’une redéfinition des rapports
avec la « métropole » et dans sa dimension plastique
du paysage et de l’imagerie exotique. Par là, TF met en lumière
dans son œuvre de manière rigoureuse et profonde la dimension
éthique de l’art plastique.
L’une
des dernières propositions de TF s’intitule «Le Hurloir».
Il s’agit d’un dispositif de communication à sens unique
qui relie par l’internet un microphone dans un lieu périphérique,
tel que la Réunion ou l’Arménie, à un haut-parleur
dans un lieu central comme Paris ou Genève. Ce travail questionne
la problématique des « échanges artistiques »
par lesquels on fait voyager des acteurs culturels du Sud ou de l’Est
pour présenter des aspects des cultures périphériques
en Occident. Ces « échanges artistiques » sont sujets
à plusieurs préjugés dont les principaux sont 1.
l’idée que les artistes seraient les représentants
d’une région ou d’une nation et qu’il s’agirait
de les montrer en tant que porte-parole d’une entité préexistante,
2. l’idée que l’objectif des échanges est de
donner aux artistes un accès aux institutions et au marché
de l’art, et 3. l’idée qu’on pourrait laisser
de côté le problème de l’échange inégal
puisque le contexte est culturel[3].
Il est urgent ici de mettre en question le cadre dans lequel ces «
échanges » se produisent, leurs objectifs et les résultats
concrets qu’ils permettent d’obtenir. Tant qu’on ne
cherche pas à poser ce type de questions plus fondamentales, on
aura tendance à folkloriser la culture, à instrumentaliser
les artistes pour alimenter un marché en mal de nouveautés
et à renforcer les inégalités mondiales en matière
culturelle et donc à approfondir la « misère symbolique
» des pays périphériques.
En d’autres termes, on pourrait dire que lorsque l’enjeu est
quelque chose d’aussi imprévisible qu’une rencontre,
un échange culturel étant non marchand par définition,
la dimension éthique de l’art entre immédiatement
en ligne de compte. L’œuvre visuelle et sonore de Thierry Fontaine,
entre autres intérêts, est emblématique de ces questions.
Le
Hurloir met en place un simulacre de communication, puisque le dispositif
interdit tout dialogue véritable : il y a d’un côté
des voix et de l’autre des oreilles. Cette asymétrie est
révélatrice d’un régime permanent de communication
au niveau mondial. Le fait est que les acteurs culturels du Sud ou de
l’Est, n’ayant pas les moyens de se déplacer, reçoivent
les échos des événements culturels après-coup
et n’ont pas accès à la reconnaissance que donne sont
forcés à une certaine passivité. En retour, leur
créativité propre, c’est-à-dire leur débat
avec leur contexte socio-culturel propre ne trouve pas de passage vers
un public permettant d’obtenir une légitimité. En
un mot, l’inégalité consiste dans le fait de disposer
d’institutions ou non. Voilà en quoi consiste exactement
la situation d’échange inégal que le Hurloir permet
d’expliciter.
L’œuvre de Thierry Fontaine : la chair oblitérée
et la parole perdue
La force de toute l’œuvre de Thierry Fontaine est d’exposer
un sujet à l’identité mal assurée, pour ainsi
dire floue, mais qui, par sa seule présence imparfaite, suscite
chez celui qui voit un désir qui ne se confond pas avec de la simple
curiosité. Elle nous rappelle que les conséquences de l’oppression
ne s’effacent jamais vraiment, qu’elles se muent et prennent
d’autres formes qu’à l’origine et qu’il
reste à surmonter l’essentiel : la négation du regard
et de la parole de l’autre.
Thierry
Fontaine fait des images qui laissent voir un motif – ce sont des
photographies – mais qui en même temps masquent le centre
même de ce motif. Le centre est le visage ou la chair d’un
autre, celui dont la présence n’est pas prévue, qui
est seul et comme incrusté dans un décor paradisiaque. Devant
une image de TF, on a d’abord cette expérience d’une
présence qui se dérobe. Non pas qu’il y ait plus à
découvrir sous le « masque », mais le motif est tout
entier présent sur le mode de l’oblitération.
Le
visage au centre de l’image est toujours masqué ; ce qui
est donné à voir, c’est l’état même
d’être sans visage, ou bien d’être sans aucun
moyen de montrer son visage. Ce qui l’oblitère, c’est
de la glaise, matière première de l’artisan, déjà
manufacturée, culturelle. Elle est sculptée, ce qui donne
une première explication du « genre » dans lequel ces
images s’inscrivent : la sculpture, bien que la glaise ne soit pas
cuite, ni même séchée, et bien que ces travaux se
présentent comme des photographies. L’origine de l’oblitération
n’est donc pas une opposition de la nature et de la culture, mais
un conflit à l’intérieur de la culture.
Mais il y a une raison plus profonde : Comme l’écrit Levinas
dans un texte de 1948[4],
«Dire que l’image est idole – c’est affirmer que
toute image est, en fin de compte, plastique et que toute œuvre d’art
est, en fin de compte, statue – un arrêt du temps ou plutôt
son retard sur lui-même.»[5]
Ce rapport de l’art au temps, cette manière qu’a l’art
de nier le temps, de nier la «création continue d’imprévisible
nouveauté» (Bergson) appartient à la conception classique
de l’esthétique visée par Levinas dans ce texte. La
statue est pour Levinas l’emblème par excellence de la prétention
qu’a l’art réaliste de se substituer à la réalité
alors qu’il n’en constitue que l’ombre. S’il n’en
est que l’ombre, c’est précisément parce qu’il
existe comme s’il était hors du temps. En ce sens, et en
opposition à cette thèse, le travail de TF consiste, me
semble-t-il, en une restauration du temps dans la statuaire ; il ne s’agit
justement pas de figer dans l’éternité une certaine
expression, mais plutôt de laisser le spectateur attendre quelque
chose, le laisser attendre un geste, un APPEL que l’œuvre visuelle
lui adresse. On a donc affaire au temps de ce qui vient, une préparation
à l’événement d’une rencontre, une suspension
de l’enchaînement des tâches dans le quotidien. Il est
significatif qu’une série importante de l’oeuvre de
TF s’intitule « Statue », alors qu’il s’agit
apparemment de photographies. Mon hypothèse à ce sujet serait
précisément un certain rapport au temps de la statuaire,
et si Levinas considère en 1948 qu’elle a partie liée
avec une certaine éternité qui n’a pas de rapport
avec notre expérience concrète, cela ne touche le travail
de TF que latéralement; « affirmer que toute oeuvre d’art
est, en fin de compte, statue », c’est dire au moins que toute
oeuvre d’art ordonne un arrêt devant lequel l’instant
d’après reste suspendu. « L’imminence de l’avenir
dure devant un instant privé de la caractéristique essentielle
du présent qu’est son évanescence. » (ibid.)
Levinas emploie cet argument pour rejeter la pertinence de l’art
à nous enseigner quelque chose à propos de la réalité.
Mais c’est précisément ce que TF renonce d’avance
à faire. Cette renonciation est liée à la négation
du temps, qui n’est pas un essai d’ignorer le temps, mais
une suspension de la succession des moments dans laquelle on passe toujours
de l’un à l’autre comme d’une tâche à
l’autre dans le quotidien. Une suspension qui ne nous fait pas sortir
du temps, mais crée en quelque sorte le surplus de temps qui rend
possible la rencontre. C’est, je crois, une possible explication
de la fascination exercée par ces images-statues, la manifestation
de l’imminence à chaque instant de l’appel de l’autre.
C’est en ce sens qu’on peut parler, me semble-t-il, de l’«
oblitération » pour l’œuvre de TF, expression
employée par Levinas en 1988 à propos du sculpteur Sacha
Sosno. « S’il y a oblitération (…) il y a une
blessure. Or sa signification pour nous ne commence pas à cause
du principe qu’elle déchire, mais dans l’homme où
elle est souffrance, et dans autrui où elle suscite notre responsabilité.»[6]
Cette notion permet d’introduire une unité nouvelle entre
le voir et le dire, entre le plastique et le discursif, et qui permet
aussi de comprendre l’unité de l’œuvre de TF de
la chair oblitérée à la parole perdue du Hurloir
: «L’oblitération (…) fait parler. Elle invite
à parler. (…) Oui il y a un appel du mot, à la socialité,
l’être pour l’autre. Dans ce sens-là, évidemment,
l’oblitération mène à autrui.»[7]
Il y a dans les images de TF l’affirmation d’une rencontre
manquée, et cet échec n’est imputable ni à
la nature des choses ni à un défaut de notre vision, mais
à un héritage qui adhère à notre corps et
nous fait apparaître les uns aux autres en déficit par rapport
à ce que nous aurions pu être.
Le Hurloir comme œuvre emblématique des échanges
artistiques
Je veux citer ici un passage de Totalité et infini, de
1961, qui permet de lier ensemble le texte de 1948 et celui de 1988 et
aussi le concentrer les enjeux du Hurloir. Il s’agit de situer l’expérience
originaire de l’éthique : «L’infini se présente
comme VISAGE dans la résistance éthique qui paralyse mes
pouvoirs et se lève dure et absolue du fond des yeux sans défense
dans sa nudité et sa misère. La compréhension de
cette misère et de cette faim instaure la proximité même
de l’Autre. Mais c’est ainsi que l’épiphanie
de l’infini est EXPRESSION ET DISCOURS. L’essence originelle
de l’expression et du discours ne réside pas dans l’information
qu’ils fourniraient sur un monde intérieur et caché.
Dans l’expression, un être se présente lui-même.
L’être qui se manifeste assiste à sa propre manifestation
et par conséquent en appelle à moi. Cette assistance, n’est
pas le neutre d’une image, mais une sollicitation qui me concerne
de sa misère et de sa Hauteur. PARLER À MOI C’EST
SURMONTER À TOUT MOMENT CE QU’IL Y A DE NÉCESSAIREMENT
PLASTIQUE DANS LA REPRÉSENTATION. Se manifester comme visage, c’est
s’imposer par-delà la forme, manifestée et purement
phénoménale, se présenter d’une façon,
irréductible à la manifestation, comme la droiture même
du face à face, sans intermédiaire d’aucune image
dans sa nudité, c’est-à-dire dans sa misère
et dans sa faim. Dans le DÉSIR se confondent les mouvements qui
vont vers la Hauteur et l’Humilité d’autrui.»[8]
Le
« visage » chez Levinas, c’est la proximité de
l’Autre, dans l’expression et le discours, qui implique donc
l’écoute de celui qui fait face au visage. Ce n’est
pas une réalité visuelle uniquement. Chez TF, il y a une
latence de la parole dans ses images et une latence du visuel dans le
Hurloir. Mais le visage est oblitéré, et le dialogue est
un simulacre. Le Hurloir montre l’absence de ce « terrain
commun » qu’est le dialogue selon Merleau-Ponty, où
« ma pensée et [celle d’autrui] ne font qu’un
seul tissu. »[9]
Mais
cette situation d’échec dans le dispositif est aussi une
promesse : l’oblitération est une présence de l’autre
homme par son expression, c’est-à-dire une sollicitation,
un appel. Cela peut se dire d’une œuvre d’art (ça
me parle) ; TF réussit à surmonter « ce qu’il
y a de nécessairement plastique dans la représentation »,
réfutant ainsi la thèse de 48 selon laquelle toute image
est plastique. La pratique des oblitérations de TF met en œuvre
un désir, qui va à la fois « vers la Hauteur et l’Humilité
d’autrui ». Le Hurloir est donc aussi un dispositif de maximisation
du désir. On touche ici à la structure profonde du désir
qui est de tendre vers quelque chose qui se dérobe. La satisfaction
du désir n’est pas la possession de l’objet désiré,
ce serait son extinction. Il y a nécessairement une asymétrie
entre le désirant et le désiré. Du point de vue de
celui qui émet du son dans le microphone, l’expression d’un
sentiment est nécessairement soumis à une telle «
frustration » puisqu’il n’est pas susceptible d’obtenir
une réponse. Du point de vue de celui ou celle qui entend, il y
a l’expérience d’une présence de l’Autre,
mais sans que le dialogue réel ne permette de constituer le «
terrain commun ». La voix de l’Autre dans le Hurloir s’impose
absolument, sans relation à ma vie ou à mon état
d’esprit. Elle est verticale dans le sens où tout ce qui
est relatif à autre chose que lui-même est inscrit par là
dans un horizon, alors que la parole du Hurloir est une irruption, une
interruption de mon horizon présent et tombe comme l’éclair
du haut vers le bas.
En tant que provenant de lieux qui concentrent sur eux des imaginaires
caractéristiques de l’histoire coloniale[10],
le Hurloir apparaît comme le canal des voix du paradis. Le Jardin
d’Eden est alors « représenté » comme
un lieu sans parole, dont les habitants n’ont pas de visage, et
donc pas de singularité. Leur visage est rendu flou par les projections
que nous leur envoyons. Solitude, absence de visage, cri, et pourtant
humanité : voilà le paradoxe mis en scène par TF.
Ce faisant, valeur universelle de ces images : représentent une
humanité non pas sauvage ou primitive, mais réduite, infra-humaine,
s’il est vrai que la pleine humanité est sociale. Représentation
de la fragmentation / atomisation de la société où
l’absolue solitude est corrélative de l’absence de
visage, puisqu’on n’a un visage que pour autrui. Donc le Hurloir
opère une inversion directe de notre représentation du paradis
: le lieu de la félicité est, EN TANT QUE TEL, un lieu monstrueux.
Les images de TF produisent la sensation que l’on a quand le dialogue,
la communion est impossible et en soulignent a contrario la nécessité.
L’Arménie : caractérisation d’une situation
culturelle postcoloniale
Il
y a en vérité une « misère symbolique »
du paradis, une absence de désir. Adam n’a pas de visage
avant d’avoir un « vis-à-vis ». Et en un sens,
il n’est pas étonnant qu’il ait été poussé
à en sortir en mangeant de l’arbre de la connaissance du
bien et du mal, ce qui a fait naître la pudeur, c’est-à-dire
la conscience du désir.
On constate dans la situation post-soviétique une fragmentation
de la société, un effondrement des institutions, et une
panne de créativité. Il en résulte ce que le philosophe
B. Stiegler nomme «un effondrement symbolique, c’est-à-dire
un effondrement du désir – autrement dit la décomposition
du social à proprement parler : la guerre totale.»[11]
On a donc, en plus de la question coloniale proprement dite (comment se
rapporter aux Russes), la question plus fondamentale encore de savoir
comment redonner sens du collectif après la chute du totalitarisme.
Il y a une œuvre qui déploie ces questions d’une façon
très fine : « Le toit du Caucase » de Mhèr Azatian,
présenté lors du projet d’Utopiana de septembre 2003
à Erevan. Elle consistait simplement en l’exposition d’une
tuile tombée du toit d’une usine d’Erevan, fabriquée
dans une usine de Groznyï. Cet artefact évoque le «
toit commun » que constituait la tutelle russe, mais aussi la persistance
d’une guerre qui paraît lointaine et sourde. Mais l’exposition
de cette tuile signale surtout le retour du refoulé dans une société
avide de s’oublier dans l’ivresse de la consommation : la
violence politique omniprésente, l’hypocrisie et les compromissions
de la classe au pouvoir. Cependant la géopolitique n’est
qu’un des aspects de la reconstruction nécessaire du symbolique
: il y a aussi le social proprement dit, le rapport au patrimoine, la
redéfinition des rapports entre les sexes, etc.
J’ai
abordé l’œuvre de TF à partir de la question
des échanges artistiques entre régions inégales ;
j’ai posé que l’inégalité des échanges
était constituée par la présence ou l’absence
d’institutions. Le parcours lévinassien nous permet à
présent d’aller un pas plus loin : l’autre ici, le
personnage dont la chair est oblitérée dans les images de
TF ou bien la personne sans visage dont on entend la voix dans le Hurloir,
cet autre est un individu qui n’accède pas à la citoyenneté
et à la dignité que confère l’existence d’institutions.
Il est nu en ce sens qu’il n’est présent que par son
humanité, et ne représente justement rien de plus que lui-même,
de manière isolée. L’absence d’institutions
en effet isole les individus les uns des autres. Et c’est le propre
des colonisations de détruire les institutions sociales et culturelles
pour les remplacer par une dépendance politique, affective et identitaire
à l’égard du centre. Le Hurloir inverse la situation
: cette fois, des événements ont lieu à Erevan, et
les bruits de ces événements parviennent à Genève,
qui est l’un des centres du monde. Les « auditeurs »
genevois n’ont aucun moyen de se rendre sur place, et sont donc
placés dans la position inconfortable dont je parlais au début
à propos des artistes de l’Est ou du Sud.
Dans le domaine culturel, la question de l’échange inégal
ne se pose pas d’une manière radicalement différente
des autres domaines, notamment économiques. Plutôt que d’investir
dans l’aide humanitaire ponctuelle, il s’agit de permettre
aux producteurs (de toutes sortes) du Sud ou de l’Est de construire
leurs propres institutions, leurs propres circuits de distribution, etc.
C’est p. ex. la logique du « commerce équitable »
des matières premières agricoles. En matière culturelle,
il est possible aussi de construire progressivement un monde multipolaire,
un monde où, grâce à la coopération et à
la solidarité des Etats riches et en l’absence d’une
action politique claire de la part des pays défavorisés,
des institutions stables et productives puissent voir le jour.
Lorsqu’il existe des institutions fortes, qui fonctionnent et qui
donnent lieu (dans tous les sens) à une créativité
locale, elles attirent nécessairement autour d’elles un public
et servent de source de légitimation. C’est seulement l’existence
d’institutions qui peut permettre l’émergence d’une
subjectivité capable d’être un interlocuteur digne
de ce nom dans un dialogue d’égal à égal.
[1]
M. Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception,
Paris, Gallimard, 1945, p. 407.
[2]
Pour un accès à une partie de son œuvre plastique,
on se référera à son site internet : <www.thierry-fontaine.com>.
[3]
Lorsque Patrice Mugny, responsable des affaires culturelles de la Ville
de Genève, écrit sur le site de son Département que
« la culture (…) prépare à une meilleure compréhension
de ce que vivent nos voisins, qu’ils soient proches ou lointains
», il valorise également la culture comme vecteur d’échanges.
L’intention est évidemment louable, mais la réalisation
de cette vision de la culture suppose une réflexion et des précautions
qui prennent en compte les rapports de force symboliques au niveau mondial.
[4]
E. Levinas, « La réalité et son ombre », in
Les Temps modernes, 1948, n° 38, novembre, p. 771-789. Republié
dans Les imprévus de l’histoire, Paris, Le Livre
de poche, p. 107-127.
[5] Ibid., p. 119.
[6]
E. Levinas, De l’oblitération. Entretien avec Françoise
Armengaud à propos de l’oeuvre de Sosno, Éditions
de la Différence, Paris, 1990, p. 26.
[7]
Ibid. p. 28.
[8] E. Levinas, Totalité et infini. Essai
sur l’extériorité, Paris, Le Livre de poche,
p. 218.
[9]
Cf. citation de Merleau-Ponty en exergue.
[10]
Une première version du dispositif a été réalisé
entre Saint Denis de la Réunion et Paris au cours de l’été
2003 dans le cadre de l’exposition Déplacements montée
par l’association Histoires parallèles au Musée d’art
moderne de la Ville de Paris. La seconde version a lieu du 3 au 11 septembre
2004 entre Erevan (Arménie) et Genève dans le cadre de La
Bâtie – Festival de Genève et en collaboration avec
l’association Utopiana.
[11]
B. Stiegler, De la misère symbolique, Paris, Galilée,
2004, p. 33.
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